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Nicole
CRESTOU
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Bien connue des céramistes pour son travail de présentation des
ateliers et des créateurs, Nicole Crestou est moins connue pour
son travail personnel et une démarche originale qui mérite de retenir
l’attention. Si, de plus on tient compte d’une approche intellectuelle
remarquable, puisqu’elle a soutenu une thèse sur la sculpture en
partant de son expérience plastique propre, thèse qui lui a valu
un doctorat, dans sa discrétion Nicole Crestou se présente comme
une figure à part dans la céramique française : céramiste de formation
elle s’écartera plusieurs années du métier, dans un refus radical,
en lui-même profondément provocateur puisqu’elle ne se contentera
plus que d’utiliser la terre crue, scandale déjà sensible, pour
mener ses oeuvres à la destruction par toutes les intempéries possibles,
naturelles et humaines. Il ne semble pas que ce travail ait reçu
l’accueil qu’il méritait : au carrefour de préoccupations contemporaines
il était parvenu à une rare intégration d’intentions et d’acquis
actuels, utilisant les données du siècle dans une riche synthèse
: l’arte povera, l’expressionnisme, le sens de l’éphémère et la
scénographie des installations/interventions auraient dû faire en
sorte qu’elle devienne une figure importante de l’art d’aujourd’hui.
Dans sa première phase de sculpture, Nicole Crestou partait de l’argile
et d’elle-même, moulait son visage ou diverses parties de son corps
pour composer avec une grande rigueur plastique des ensembles impressionnants
où têtes, membres, torses, mains se dressaient, s’étalaient, se
dénombraient, condamnés à disparaître sous la pluie, le soleil,
voire les pas des visiteurs. Rarement la tragédie de notre temps,
ses massacres, ses destructions, les holocaustes, la douleur incessante
et l’indifférence n’ont été exprimés plastiquement avec une telle
émotion. Trop peut-être, avec trop de pudeur. Avec la simple argile
grise, dans l’austérité symbolique du matériau amorphe, fragile,
Nicole Crestou semblait vouloir lutter, humble David du pur sens
contre le Goliath réducteur de l’image industrielle pour lequel
le spectacle doit incessamment se pour suivre sans la moindre discrimination,
détruisant la mémoire dans un constant déjugement. Elle n’est pas
devenue vedette de l’art officiel, ses installations n’ont pas été
réclamées par les centres d’art pullulant en France et ailleurs
: sans doute faut-il déranger, mais dans l’académisme du dérangeant,
de façon jolie, anodine ou pesante, (Octagon de Serra, 53 tonnes
forgées d’une seule masse) mais soutenue par un discours radicalement
abscons. Nicole revint un jour à la cuisson de la terre, puis à
l’émail, puis à l’objet. Sans perdre ses convictions intimes. Depuis
plusieurs mois elle se limite à des bustes. Au premier regard presque
anodins, portraits, figures un peu penchées de femmes, toujours
la même peut- être, anonymes, meurtries, lacérées, un oeil absent,
des blessures superficielles... Dans une équivoque, la terre cuite
est-elle simplement accidentée ? Est-ce la représentation déjà lointaine
d’une torture subie ? Le visage peu expressif, plutôt triste, absent,
apaisé comme après une mort éloignée. L’émail nous guide plus avant,
il est comme le sang terni, il n’est pas là pour une joliesse, il
souligne sans insister. Nicole Crestou est silencieusement courageuse,
avec le retrait volontaire de l’ analyste qui attend l’émotion clef
de son patient. Comment, après tout cela, peut-on encore être céramiste
comme vous et moi ? Nicole Crestou est une force, une silhouette
mince, le verbe rare quand il y a peu à dire, l’oeil derrière ses
lunettes, derrière une frange rebelle, une force, une énergie qui
n’a pas besoin de se montrer. Comment peut-elle, dans un renversement
stupéfiant créer des objets « décoratifs » ? L’époque en fait lui
tend la main : les pots, les vases de Nicole Crestou sont déformés,
inquiets, fruits aux perverses innocences dont la violence contenue,
enrobés d’émaux somptueux et fort habiles – elle a un fameux métier
– rappelleraient les formes baroques des potiers du début de siècle
si cette connotation bien actuelle d’angoisse dans une profusion
menacée ne leur donnait une signification équivoque, délire décoratif
ou image d’une sorte de luxe exacerbé, morbide, une fin de siècle
saluant l’autre ? Mais, française, elle ne cède pas à cette céramique
expressionniste plutôt caricaturale qui ennivre les jeunes céramistes
allemands, fait rire jaune l’humour britannique et débride les américains,
elle a ce fameux sens de la mesure qui reste notre qualité profonde,
notre capacité au travers du mal d’aimer la vie, le goût du bonheur,
les plaisirs dits de tous les jours que nous ne voudrions pas perdre
ou reperdre. C’est peut-être tout cela qui assure, qui sous-tend
un chemin aussi riche, étrange, paradoxal mais d’une forte unité
cachée, prometteuse.
Robert Deblander
Nicole Crestou a participé à une centaine d’expositions, récemment
au Salon de Mai, Sculpture et Art Mural à Paris, à Ligny-le-Châtel
(Yonne). La galerie P.-M. Vitoux à Paris présente son travail.
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